Mairie de crozet

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Leçon d’Histoire

  • Mis à jour : 30 juin 2008

Voici un résumé des trésors que nous pouvons découvrir dans notre bibliothèque municipale. “L’Histoire du Pays de Gex” de Malgouverné et Mélo, entre-autres, relatent en 2 volumes la saga de notre région, des origines à nos jours

Un pays de marais et de bois

Le glacier du Rhône laisse, en se retirant, une masse considérable d’alluvions, argiles de fonds, moraines graveleuses et blocs erratiques charriés depuis le cœur des Alpes. Le relief caractéristique de collines morainiques est rapidement attaqué par les cours d’eau descendant du Jura ou naissant dans les nappes alluviales.

Des lacs, par un drainage lent, finissent par devenir de vastes marécages.

Vers -15 000, le climat est encore froid. Une végétation d’arbustes s’installe. Au milieu de cette toundra de bouleaux ou de saules nains, errent des mammouths (ossements retrouvés à Satigny, Russin).

Vers –9 000 : réchauffement du climat. La végétation se transforme et les rennes, cerfs et aurochs évoluent dans des forêts claires de pins et bouleaux. Les hommes, encore chasseurs, suivent les rives des lacs et cours d’eau. Leurs traces sont rares dans la région savoyarde et inexistantes dans le Pays de Gex.

Vers –7 000 : climat plus humide tout en continuant à se réchauffer. Dans les forêts dominent les frênes, chênes, tilleuls, érables, …

La civilisation néolithique naît au bord de la Méditerranée

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Vers –4 000 : les premiers agriculteurs semblent atteindre les Alpes du Nord, selon un habitat sédentaire. Ils cultivent du blé, et élèvent des chèvres et moutons.

Vers –3 500 : implantation humaine sur les bords du Léman (civilisation de Cortaillod). Plusieurs périodes de sécheresse rapprochent les hommes des points d’eau permanents.

Des villages de cabanes sur pilotis (cités lacustres) sont construits sur les rives des lacs et grands fleuves. (des pilotis, c’est à dire des pieux de bois enfoncés dans la terre, ont été trouvés à Péron ainsi qu’une hache)

Compte tenu des outils agricoles qu’ils ont, les hommes du Néolithique préfèrent des sols légers et bien drainés : c’est peut-être pour cela que les trouvailles de hache en pierre polie se situent toutes au pied de la montagne (Crozet, Divonne, Chevry, Thoiry, Péron, …)

Ces populations chassent mais l’élevage prend vite de l’ampleur. Les troupeaux attaquent les forêts.

Vers – 2 200 : plus de cultures : orge, lin, épeautre. La forêt recule encore. Dans les clairières l’épicéa s’installe.

Vers –1 500 : quelques changements à cause des mauvaises conditions climatiques : cultures du sarrasin, élevage des porcs. Les hommes abandonnent les stations littorales.

Des traces de petites communautés d’hommes ont été retrouvées au pied des Monts Jura. (Crozet, Thoiry). Le bronze est utilisé dans la fabrication d’armes, d’outils et de bijoux. Découvertes de beaux objets : une magnifique faucille à Crozet, un bracelet incisé à Collonges.

Vers –1 200 : le climat redevient plus clément. Les rives des lacs et fleuves se repeuplent. La métallurgie du bronze nécessite aussi beaucoup de bois plus facilement transportable par voie d’eau.

Vers – 700 : la civilisation celte des bergers nomades de Halstatt gagne la région lémanique et apporte la métallurgie du fer.

Entre –500 et –100 : diverses peuplades celtiques : les Allobroges ont un territoire entre l’Isère, le Léman et les Alpes, Les Séquanes occupent les montagnes du Jura et les Hélvètes arrivés vers –100, s’implantent sur le plateau suisse
Ils ont permis l’amélioration de l’outillage : faux, serpes, roue.

Ils vivent dans des maisons à poteaux de bois et parements de terre. Les habitations sont regroupées en village et pour défendre leur territoire, ils construisent des retranchements fortifiés (oppida) comme celui de Sainte-Victoire sur le Mont Vuache.

La présence de Gaulois dans le Pays de Gex est attestée par une sépulture à Meyrin, une pièce de monnaie à Saint-Genis, 14 huttes datant de l’âge de fer ont été découvertes lors de fouilles vers Versoix. Des mots patois nous le prouvent aussi : le mot « nant » qui signifie ruisseau, ou « joux » qui veut dire forêt. Certains noms de rivière ou village peuvent aussi avoir des origines celtiques : Allondon, Lion, Divonne, Avouzon, …

En –121, les Romains écrasent les Allobroges vers Avignon.

En –58, César occupe Genève et coupe le pont sur le Rhône pour empêcher les Helvètes de passer.

L’administration romaine et le monde gaulois

Sous la pression des peuples Germains en migration, les Helvètes décident de quitter le plateau suisse où ils viennent de s’installer et de partir en quête de nouvelles terres. Ils demandent aux Allobroges la permission de traverser leur territoire. Depuis –118, tout le domaine allobroge est rattaché à la province romaine, et César, qui apprend la nouvelle, leur interdit le passage.

Les Helvètes fuient en incendiant leurs villes et villages. Ils sont arrêtés (vers Autun) par les Romains en –58. César les contraint à regagner leurs terres et décide d’utiliser la position stratégique de la région. Il confisque les terres situées entre le défilé de l’Ecluse, la rivière Aubonne, le Jura, le Léman et le Rhône pour créer une colonie militaire, dans le but de surveiller les agissements des Helvètes ‘’pacifiés’’ et de verrouiller un passage éventuel pour les envahisseurs Germains.

Il fonde entre –50 et –45, la ‘’Colonia Iulia Equestris’’ avec comme capitale Noviodunum (Nyon).

Nyon est bâtie sur un plan romain avec : une basilique, un lieu d’échanges commerciaux, un temple, un théâtre … Pour les Romains, l’organisation d’un territoire s’articule autour de la Cité.

La campagne alentour est divisée en parcelles carrées de 710 mètres de côté, appelées centuries. Cette centuriation se repère encore par vue aérienne ou à la lecture des anciens cadastres. Elle est même parfois bien conservée comme dans les communes de Cessy, Versonnex, et Segny.

Dans la ‘’Colonia Iulia Equestris’’, une partie de chaque parcelle est attribuée à un vétéran cavalier des armées romaines pour la mettre en valeur, la défricher, la cultiver et y construire une maison.

La colonie veille à l’aménagement d’un réseau routier dans un but stratégique mais aussi pour favoriser les échanges commerciaux.

Aucun tracé des voies antiques n’a pu être déterminé par l’archéologie mais grâce à la toponymie, qui est l’étude de l’origine des noms de lieu, nous avons pu retrouver les routes romaines : le terme le plus courant, étraz, du latin strata (via), signifie ‘’voie pourvue d’un revêtement en dur’’. Le lieudit ‘’champ pavé’’ à Collonges rappelle peut-être une voie dallée.

Il semble que les voies romaines reprennent un tracé plus ancien. C’est le cas de ‘’la vie de l’Etraz’’ du pied de la montagne (qui passe à Crozet), qui correspond au chemin emprunté par les Helvètes lors de leur fuite.

Dès le IIIème siècle, la pression barbare augmente aux frontières de l’Empire et les Romains rénovent leur réseau routier et installent des constructions défensives routières dont la toponymie a conservé le souvenir : ‘’Châtillon’’ à Crozet, ‘’les Châtelets’’ à Pregnin et Collonges, …

Une puissante administration soutient la Cité. Les duumvirs jouent le rôle d’un maire et président le conseil constitué d’une centaine de décurions. Les édiles s’occupent des problèmes de la vie urbaine (voirie, travaux publics, surveillent les marchés, organisent les jeux et fêtes …).

Dans cette organisation, la villa est l’élément principal de l’aménagement de l’espace rural dépendant de la Cité. Des lots sont attribués aux vétérans des armées et d’autres parcelles sont louées ou vendues à des particuliers. Dans cette première phase d’occupation (entre –45 avant J.-C. et 50 après J.-C.) les habitations sont de petite taille et à vocation agricole ou artisanale comme le bâtiment de la Buzelle à Divonne.

Dès le Ier siècle après J.-C. ce sont des constructions plus grandes (villa esclavagiste) avec des bâtiments luxueux comprenant des thermes pour le maître et sa famille, un ensemble d’habitations plus précaires pour les esclaves et les ouvriers, des bâtiments agricoles (granges, écuries,…). Les domaines autour dépassent souvent la centaine d’hectares.

Les habitations plus sobres des paysans (rustici) sont construites en bois et recouvertes de tuiles ou chaume, à la manière gauloise.

Les noms de lieux de cette époque se forment avec le suffixe iacum, qui désigne le lieu.

Le radical du mot a comme origine le nom du 1er possesseur du domaine. (Tullii-iacum :Thoiry, ...).

Les Romains possèdent une grande maîtrise de l’eau.

Les ‘’ingénieurs’’ gallo-romains ont élaboré toute une infrastructure de drains, allant même jusqu’à détourner le lit de petits ruisseaux. La construction de l’aqueduc de Divonne est un travail remarquable. Il servait à alimenter Nyon en eau potable. Les eaux de la Divonne étaient conduites dans une canalisation souterraine jusqu’au réservoir situé en amont de la ville. Le conduit de 1,35 mètre de haut et 1 mètre de large, est abandonné au IVè siècle avec l’abandon de la ville de Nyon.

Rappelons que César fonde entre -50 et -45, la Colonia Iulia Equestris avec comme capitale Noviodunum (Nyon) et continuons ce récit …

L’agriculture-l’élevage :

Les habitants de la colonie s’occupent principalement d’agriculture. Les défrichements et drainages ont fait reculer les terres incultes. Chaque propriétaire de domaine cultive des céréales, élève des troupeaux de bovins, porcs et moutons.

Les Romains développent la culture du noyer pour l’huile, du châtaignier (présent encore le long de la vie de l’Etraz), ils introduisent dans les jardins la plantation de l’ail, de l’oignon, des fèves et du chou.

Les agriculteurs n’utilisent que le pied des pentes de la montagne pour la pâture des bestiaux. Les Monts Jura et la vallée de la Valserine constituent donc un immense domaine sauvage, refuge des loups, ours, cervidés et aurochs.

Les activités artisanales sont également importantes.

Les Romains exploitent la pierre calcaire, de bonne qualité pour la construction, dans les carrières de Thoiry.

Ils utilisent l’argile pour la fabrication de tuiles et de briques.

Le fer, extrait dans la vallée de l’Orbe (canton de Vaud) est forgé pour confectionner toutes sortes d’outils.

Souvent les grandes villae abritent un atelier de forgeron, de potier ou de tuilier.

Le commerce est très florissant, il approvisionne la colonie en denrées provenant de contrées éloignées de l’Empire (une amphore découverte à Vanchy porte la marque d’un marchand d’huile d’olive du sud de l’Espagne).

La corporation des Nautes du Rhône, organisme commercial puissant installé à Genève, gère les transports aussi bien par voie d’eau que par voie de terre.

Les troubles :

Dès la deuxième moitié du IIIème siècle, des troubles menacent la cohésion de l’Empire. Les Barbares franchissent de plus en plus souvent les frontières du Nord et vers 260, des troupes ravagent les contrées lémaniques. Durant cinquante ans, les pillards effraient la population qui cache ses richesses (monnaies datées de 250 à 300 retrouvées à Pougny, Pouilly, Bellegarde). Des troubles politiques dus à la succession impériale ne favorisent pas l’organisation d’une défense contre les envahisseurs germaniques. Apparaissent alors les bagaudes, troupes de paysans sans terres, d’ouvriers sans ateliers, de soldats déserteurs qui poussés par la misère effraient l’aristocratie romaine.

Genève s’enferme derrière des remparts construits à la hâte, avec les restes des édifices publics détruits.

Début du IVème siècle : Le danger barbare semble écarté. La paix retrouvée permet aux empereurs Dioclétien et Constantin de réorganiser l’administration.

L’Empire est découpé en nouvelles provinces. Certaines villes, comme Genève, sont promues au rang de cité.

Dès le Vème siècle, la paix est terminée. De nouveaux problèmes politiques achèvent de disloquer l’Empire et les armées abandonnent la surveillance des frontières germaniques. Aux révoltes intérieures s’ajoutent les incursions barbares. En 406, les hordes d’Alains, de Suèves, et de Vandales ravagent la région de Genève. Les populations terrorisées se réfugient en ville, une partie des sites d’habitat campagnard sont abandonnés et des domaines entiers retournent à la friche. La population diminue, éprouvée aussi par les premières épidémies de peste, et de lèpre, colportées par les marchands du Proche-Orient.

Ces bouleversements aboutissent vers le milieu du Vème siècle à l’installation définitive des Germains en Occident.

Les Burgondes :

En 443, le général romain Aetius conclut un accord avec le peuple burgonde. Il leur offre une vaste région, la Sapaudia placée en frontière de l’Empire, contre la surveillance et la défense des armées romaines.

Les Burgondes s’installent donc autour de Besançon, sur le plateau suisse et en Savoie. Genève est la capitale.

L’intégration des Burgondes au sein du monde romain repose sur un modus vivendi adopté par les 2 parties, connu sous le nom de Loi de l’hospitalité.

Tout d’abord, l’administration impériale oblige les propriétaires à céder une part de leur domaine, soit terres et esclaves, à une famille burgonde. Cette sors, propriété germanique, s’agrandit par le défrichement de terres. La sors devient rapidement un domaine à part entière avec ses constructions plus ou moins luxueuses, ses bâtiments agricoles et artisanaux, ses terres, prés et bois et son contingent d’ouvriers et d’esclaves.

Les Burgondes sont davantage soldats qu’agriculteurs, ils s’installent alors dans les lieux de passages à surveiller, selon l’accord conclu avec Aetius. Les sites avec suffixes en ans témoignent de leur implantation : Airans, Ecorans, Lancrans. Par contre les trouvailles archéologiques attestant d’une véritable occupation sont rares, comme la découverte à Avouzon-Crozet d’une boucle de ceinturon de type burgonde.

Rapidement, les peuples se mélangent et les us et coutumes gallo-romaines se complètent de traditions germaniques.

La société apparaît fortement hiérarchisée.

Le sommet de l’échelle sociale est occupé par une aristocratie née de la fusion entre les familles gouvernantes romaines et les chefs germains. Les petits et moyens propriétaires, ainsi que les artisans existent en ville et à la campagne. Les plus basses couches sont les affranchis et les esclaves.

Genève reste capitale du royaume burgonde mais est doublée par Lyon.

Le royaume burgonde s’achève en 534, annexé par les Francs.